0 - Les nouvelles aventures extraordinaires du chafard

Le Chafard, mi chat noir mi cafard...

LE CHAFARD 🩀

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Alors, bon, voilĂ .

Y’a sept ans, j’ai eu un cancer du sein.

Et comme j’ai une plume au bout des doigts depuis gosse, j’ai pris toutes mes petites pĂ©ripĂ©ties-lĂ , mes coups de mous, mes coups de gueule et le reste, et je t’ai mis tout ça dans un joli blog.

Humoristique le blog. Pied de nez à la maladie, mise à distance, déni, tu mets ça comme tu veux, toutes façons, ça coche toutes les cases.

Bref, le temps et les traitements passent, et moi, je guéris et reprends une activité (presque) normale.

Sauf que voilĂ , chaque fois qu’un nouveau client, contact pro ou autre parfait inconnu me google, sur quoi il tombe le bougre ? Sur ce sacrĂ© Chafard, pardi ! (Aka le nom du blog en question).

Mais moi, j’en ai ras la perf’ des histoires de cancer, tu comprends. J’ai pas envie d’ĂȘtre systĂ©matiquement associĂ© Ă  “ça”. À ‘ment donnĂ©, faut tourner la page.

Donc je supprime tout. Pffiu ! A pu le blog.

Seulement, mes petites aventures-lĂ , du temps de leur mise en ligne, elles avaient deux trois fans. Fans qui se sont un peu offusquĂ©s de cette suppression. M’enfin, tu vas quand mĂȘme pas laisser ça comme ça dans un coin ! Il faut que tu en fasses quelque chose !

Parait qu’on a tous dans nos entourages quelqu’un touchĂ© de prĂšs ou de loin par le cancer, et que leur partager mes textes, ça leur ferait du bien. Une sorte d’expĂ©rience de premiĂšre main, la blagounette en plus.

Alors, j’ai fini par les Ă©couter et republier ces articles ici. En plus ça tombe bien, on est en plein octobre rose. Et c'est aussi la pĂ©riode anniversaire de... euh... cette aventure (comme je te disais : 7 ans dĂ©jĂ  !) Il y a aussi un livre en cours de publication, un peu plus complet, qui reprend lui aussi les articles, mais pas que. Parce que tu sais ce que c'est, il y a ce qu'on publie et il y a tout ce qu'on laisse de cĂŽtĂ©. Le livre reprend tout ça justement... mais ça c'est une autre histoire.

En tout cas, je voulais te dire un truc important, ces articles, ce livre, ils n’ont pas d’autres prĂ©tentions que celle-ci : partager ce que mes proches et moi, nous avons vĂ©cu pendant cette drĂŽle de pĂ©riode.

D’autres que moi l’ont fait avant moi, peut-ĂȘtre mĂȘme mieux que moi (sĂ»rement mieux que moi) : Lili Söhn, Mag et son super blog,
 Et c’est vrai que moi-mĂȘme, quand j’ai compris ce qui venait de me tomber sur la tronche, ça m’a fait du bien de lire des rĂ©cits de survie face au cancer, des rĂ©cits de guĂ©rison, des expĂ©riences de premiĂšre main. Je pouvais me projeter, savoir Ă  quoi m’attendre, reprendre un peu de contrĂŽle quoi.

Et puis en rire, bordel.

Le rire, c’est encore ce que j’ai trouvĂ© de plus efficace face Ă  tout ce merdier

... la maladie, les traitements, les douleurs, le doute et tout le reste. Tu vois, chaque fois qu’une nouvelle saletĂ© se prĂ©sentait la bouche en cƓur, je me demandais : OK, comment je vais bien pouvoir les faire marrer avec ce machin-lĂ  ? Comment je vais leur raconter ça ? C’est ce qui m’a aidĂ© Ă  pas (trop) de m’apitoyer sur mon sort.

Presquefunfact : beaucoup de personnes atteintes de cancer ont tendance Ă  baptiser leur bestiole d’un petit nom : Lili Söhn appelle le sien GĂŒnther, d’autres parlent de leur “crabe”
 C’est une façon de maĂźtriser cette rĂ©alitĂ© m’explique ma pote psy autour d’une biĂšre.

Et ce qui la fait marrer, c’est que je n’ai pas fait ça. Moi, je me suis carrĂ©ment extraite de cette rĂ©alitĂ© en me cartoonisant dans ce personnage du Chafard.

Bon, éh, chacune ces petites marottes, hein.

Illustration réalisée par la géniale Anne-Laure Richard , Okapi de son nom d'artiste

Mais si je te prĂ©cise ça, c’est parce que chacune fait comme elle veut, dĂ©jĂ . Et surtout parce que s’il te plaĂźt, ne mĂ©lange pas la peanut et la choucroute : le Chafard, ce n’est pas mon cancer.

Le Chafard, c’est moi.

Merde.

DÉCOUVRE LE PREMIER ÉPISODE

Les miches au crabe

J'Ă©tais lĂ , posĂ©e sur le pieu en attendant BenoĂźt. Il prenait sa douche je crois. À moins qu'il ne se lavait les dents ? Je sais, je sais, pour vous c'est qu'un dĂ©tail mais pour moi... Non mais pour moi aussi en fait. Bref, j'ai croisĂ© mes deux mains sur la poitrine, comme je le fais tous les soirs inconsciemment depuis probablement des annĂ©es.

Et puis j'ai senti comme un truc chelou dans mon sein. Une boule dure. Pas vraiment une boule d'ailleurs, une forme bizarre. J'ai palpé, palpé encore, palpé toujours. Putain mais
 MAIS C'EST QUOI CE TRUC ?!

En une fraction de seconde ça a Ă©tĂ© Hiroshima et Nagasaki dans ma tĂȘte : des annĂ©es d'hypocondrie contenue se sont fait violemment percuter par des centaines de souvenirs de spots de prĂ©vention...